Exposition Louis Stettner

IMG_3559IMG_3558Louis Stettner
Du 15 juin au 12 septembre 2016 de 11h00 à 21h00
à la Galerie de photographies au Centre Pompidou, Paris. Et c’est gratuit.

Ce que vous pourrez voir : des photographies argentiques en noir et blanc. D’un homme, Louis Stettner, né à Brooklyn en 1922, encore actif.

Au delà de ce que vous pourrez lire sur le site du centre Pompidou, un conseil, allez-y. Autant le dire tout de suite, j’ai aimé, j’ai été ému. Voilà c’est fait.

Touché parce que c’est un témoignage photographique de grande qualité s’étalant sur le siècle dernier. C’est un regard humaniste, engagé, présent dans son temps.
Dans chacune de ses images, c’est comme si nous pouvions entendre « c’est nous », dans le sens de la plus simple chose qui nous soit commune, la condition humaine. Je le dit bien, chaque image exprime cette notion d’une communauté de destin.

Une image à elle seule contient son message. Elle s’intitule Aubervilliers, France, 1947. Tout est là est tout est dit. Le tirage d’une grande qualité, peu contrasté, tout en nuances, grande gamme de gris. Nous avons de la photographie humaniste avec les deux enfants en premier plan, dont les yeux sourient à la caméra. Dans ce premier tiers en partant du bas, c’est presque de la photographie humaniste. Mais les deux tiers au dessus offrent autre chose. D’abord le léger flou en haut à droite, ensuite, la silhouette de la femme marchant vers le hors cadre. La perspective de la rue aux pavés humides. Le ciel à la fois lumineux, et pesant, à la fois. C’est humaniste, mais aussi onirique. A nous de nous faire notre vérité. Cette photo, que je n’ai pas eu envie de quitter des yeux, parce que tout est là, Doisneau, Atget, Cavanna. Un monde parti, dont il reste ça, ce papier photo sauvé des eaux. Je n’y vois rien de nostalgique, pour autant.
En parlant de Cavanna, on le voit plus tard, il signe des textes dans un livre de Louis Stettner sur les ouvriers. Je vous l’assure cette image ne vous quitte pas.

A voir aussi, la série sur les transports en commun à New York. « J’y ai trouvé un lieu propice à l’expression de l’humanité ». Réalisé au Rolleiflex, donc format carré, ce sont des photos volées. Du flou, du grain, rien de la précision chirurgicale, mais à mon sens beaucoup plus expressif. La durée de la pose donne parfois du flou aux visages. Les transparences des vitres embuées sont des textures.

Pour finir, ce n’est pas qu’une exposition de photographies, mais un véritable manifeste politique, un engagement esthétique et citoyen, dans le sens large. Un photographe qui se défini comme Marxiste, avec une conscience de classe.

Mes mots sont assez faibles, donc passons à des citations :

La poétique du geste (gesture poems en anglais)

« Les gens m’intéressent davantage quand leurs corps sont détendus, relâchés que lorsqu’ils sont dans la précipitation. L’âme transparaît plus. Je n’ai pas d’idée précise en tête, je n’intellectualise pas. Je vais vers ce qui me touche, m’émeut par son sens, sa profondeur. Pour être dans le vrai, il faut se laisser guider par la main autant que par le cerveau. Tout se passe tellement vite. C’est dans la main que réside l’intelligence, l’intuition. Il faut lui faire confiance. La photographie impose une certaine discipline à laquelle on doit s’assujettir. Les sensations prennent le dessus et décident quand appuyer sur le déclencheur»

Traces urbaines (found objects)
«Je travaille intuitivement. L’essentiel est pour moi d’être ému, de ressentir quelque chose. Je n’ai jamais d’idée préconçue, la réalité me guide. Mon œil me gouverne. Je ne suis pas là à la recherche de certitudes. Un don anonyme. Voilà mon idée de la photographie. Découvrir ce qui est neuf et ce qui a du sens. Cela peut enrichir l’humanité, notre connaissance, notre interprétation du monde, nos sentiments à son égard. »

Je suis sorti trois fois d’une exposition de photographies les yeux embués comme une midinette. Tom Ardnt, Robert Adams et Emmet Gowin. C’est la quatrième.

Yann Doumeix

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