Biennale des photographes du monde arabe contemporain

L’exposition

Les luttes politiques et sociales de 2011 dans le monde arabe ont donné lieu à d’autres mutations majeures dans la région. Des mutations qui ont stimulé l’émergence de nouvelles formes artistiques. Ainsi, la représentation visuelle de ce territoire s’est manifestement altérée… Paris donne à voir cette évolution en accueillant la Première Biennale des photographes des pays arabes du 11 novembre au 17 janvier 2016. Cette première édition qui est à l’initiative de l’Institut du monde arabe et de la Maison Européenne de la photographie expose dans huit lieux différents 1le travail de 50 photographes (issus des pays arabes et occidentaux) travaillant sur les pays qui composent le monde arabe.

Loin des thèmes récurrents auxquels on était habitué, en France et même en Europe, lors des nombreuses expositions portant sur la région2 depuis les révoltes arabes, la Biennale se propose de mettre en perspective des points de vue différents voire singuliers sur la région. Jack Lang souligne dès la préface du catalogue d’exposition que cette initiative tente de déconstruire les stéréotypes et les expressions banales associés à un monde arabe « victime aujourd’hui de préjugés et de visions superficielles »3. Un objectif, il faut le dire, qui n’exclut pas la présence d’expressions fortes de l’identité ou de particules identitaires et culturels arabes et musulmanes.

Paysages, Mondes Intérieurs, Cultures et Identités, Printemps

sont quatre parcours thématiques qui composent l’exposition au sein de l’IMA sur deux étages. Le visiteur re-découvre la richesse mais surtout les contrastes d’un monde changeant. Les questions et les problématiques auxquels il est confronté sont fortement figurés… Si l’évolution du paysage urbain à Beyrouth (Liban) dans les œuvres de Joe Kesrouani se manifeste par une urbanisation massive qui « asphyxie jour après jour une ville qui, autrefois, respirait le bleu de la Méditerranée »4, Farah Al Qasimi adopte une approche plus humoristique et critique envers la politique urbaine Emirati. Châteaux de sable cassés (2014), reflète de multiples infrastructures monumentales à Dubaï. Au première plan, un énorme château de sable qui rappelant une architecture arabe… Une construction fragile et éphémère qui contraste avec de gigantesques grattes-ciel au second plan. Une mise en scène qui met en avant de nombreuses oppositions : entre sable et béton, tradition et modernité, désert et urbanisation… la photographe soulève de nombreuses questions… La série Égyptiens, ou L’habit fait le moine, (2010-2011), est un ensemble de portraits ou le photographe même (Nabil Botrous) sert de modèle. Le photographe égyptien incarne l’image d’égyptiens appartenant à des catégories sociales ou de confessions religieuses différentes : copte, imam, intellectuel, sportif…. Autrement dit, le photographe joue le « rôle » personnages différents. Initiée en février 2010, cette série déconstruit des identités, qui en réalité, n’existent pas car comme l’affirme le photographe même : « chacun à de multiple facettes ; […] l’habit fait le moine »5. Massimo Berruti, quand à lui, donne à voir une image dramatique des Gazahouis nés dans la pauvreté et sous l’embargo. Une petite fille de Beit Lahya entraîne son frère vers un point de ravitaillement en eau (avril 2015), est une image saisissante en noir et blanc ou l’on aperçoit une petite fille, un bidon vide à la main, descendant avec son petit frère les escaliers d’un immeuble, déjà en ruine, en quête d’un point de distribution d’eau…

Cette Biennale se définit comme un regard pluriel à voir absolument. « Une manière de répondre à une urgence, plus sensible qu’auparavant : celle de combattre les idées reçues et les amalgames »6, affirme Gabriel Bauret, le commissaire d’exposition.

1 L’exposition se tient à L’Institut du monde arabe, la Maison européenne de la photographie, Mairie du IV arrondissement, Cité international des arts, Galerie Photos12, Galerie Binôme, Galerie Basia Embiricas et association Graine de photographe.

2On cite par exemple la Révolution Tunisienne par le collectif Dégage à l’Institut du monde arabe en mai 2010, Politiques à la galerie Talmart en avril 2013, Révolutions arabes : l’épreuve du temps par Alain Mingham au Dépoland (Dunkerque) en novembre 2013…

3Jack Lang, « Préface », Catalogue d’exposition « La Première Biennale des photographes du monde arabe », Paris : Snoeck, 2015, p.7.

4Ibid., p. 19.

5 Ibid ., p.67.

6 Ibid., p.13.

Ou et Quand ?

Institut du monde arabe à Paris, du 11 novembre 2015 au 17 janvier 201.

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